Zazie

BXL, 27 mars : L’inconscient, un travailleur idéal – compte rendu

L’  Inconscient, un travailleur idéal

Compte rendu de l’après- midi ZAZIE à Bruxelles le 27 mars 2010.

Notre invité, Georges Haberberg, a commenté les présentations cliniques faites par nos collègues : Céline Aulit, Marie Brémont, Véronique Cornet, Bogdan Kusnierek, Claire- Isabelle Lebon, et Véronique Servais.

Ce fut une après- midi d’enseignement pendant laquelle les travaux présentés ont été examinés à la loupe autour d’une question centrale : « Où est l’Inconscient ? ». Pour nous aider à y répondre, Georges Haberberg  a utilisé quelques références intéressantes dont: « La Conférence à Genève sur le symptôme, de J.Lacan », « Les Actes de l’Ecole n° 13, article de Serge Cottet et Jacques Alain Miller », « Introduction à l’édition allemande d’un premier volume des Ecrits », « Le Séminaire XX », « Le Séminaire XI p.195 ».

Partant du premier travail présenté par Céline Aulit, occasion a été donnée de rappeler que Lacan y résume la trouille qui saisit le sujet au point de rencontre avec la réalité sexuelle : « mais qu’est ce que c’est que c’est ça ? ». La jouissance n’est alors pas un trou mais un trop, un trop de présence, présence faite de la matière des mots : « présence motérielle » comme le dit Lacan dans sa conférence à Genève. C’est ça l’Inconscient, ça travaille pour la jouissance, et la trouvaille, non sans l’analyste, c’est de permettre que se transperce une opacité, en restituant à la langue sa dimension de jeu, là où la langue est traumatique. C’est l’acte de l’analyste qui fait de l’Inconscient un travailleur sur le bord, réduisant un « je ne pense pas » mais qui est « je ne pense qu’à ça » qui fait symptôme, pour permettre au trop plein de devenir un plus, un savoir y faire avec la jouissance rencontrée.

C’était bien de cela qu’il était question pour une petite fille inconsolable, confrontée à un fort- da sans retour, cas présenté par Claire- Isabelle Le Bon. « Elle ne pense qu’à ça » : la disparition de sa mère la laisse désarmée et sa réponse à ce laisser- tomber, elle l’articule comme une volonté de retrouver l’objet qu’elle a perdu : quelque chose s’est fixé là, pas seulement la mère à laquelle elle pense mais l’évènement de corps dont elle ne dit rien, l’encoprésie. L’acte de l’analyste fera coupure à sa détresse, acte qui installe une autre scène qui parle d’elle et qui permet une dimension de semblant du réel auquel elle a à faire. Elle va s’en servir et l’élaboration de son inconscient va traiter le réel. Elle met en œuvre des fictions qui interprètent dans sa langue le laisser- tomber dont elle est l’objet. L’acte de l’analyste lui a donné accès à son propre manque à partir du manque dans l’Autre et l’a désencombrée de l’objet qu’elle était. Le caca devient un signifiant, c’est l’inconscient qui chiffre et ça sert la jouissance. Le chiffrage se découvre dans le déchiffrage. Elle fera usage de la lalangue en sortant son « cacache » comme une invention, motérialité qui dit quelque chose du signifiant qui la représente et la fait disparaître : son symptôme.

Véronique Cornet nous a parlé d’une petite fille traumatisée par la mort de son grand- père qui la laisse sans voix, puis sans le mot ( elle dit a plusieurs reprises ne pas avoir le mot) ; sa réponse étant de ne plus lâcher sa mère. Où situer l’inconscient dans ce cas ? Une fois qu’elle parle, elle laisse entendre que le collage à son grand- père n’est pas le premier ; il y a le doudou, intact, d’origine, et une question : « je ne sais pas où il est ». Elle n’a pas le mot pour le demander. Elle ne se résoud pas à faire mourir la Chose, mais en exaltant le mot pour ne pas dire, en oubliant le mot, elle consent dans la rencontre à une perte de jouissance : le mot c’est le signifiant qui manque dans l’Autre. La psychanalyse touche ce point où ça ne se dit pas. C’est ce qu’elle rencontre et qui va déboucher sur le manque auquel elle a affaire. Vient alors un souvenir écran, une fiction qui parle de la réalité sexuelle et le risque pris par ce sujet : là où ses parents roucoulent, elle, elle passe la rampe, coule. Cette scène la fait chavirer. D’avoir trop cru au rapport sexuel, pour elle c’est du trop cru, et elle découvre sa manœuvre qui est de passer les bornes, de transgresser, elle découvre sa responsabilité. C’est ce qui était refoulé jusqu’à la mort du grand père qui lui révèle qu’il n’y a pas de rapport sexuel. C’est dans cette béance, que surgit l’Inconscient et le retour du refoulé qui appelle le travail de remémoration et le surgissement de la formation de l’inconscient qu’est le souvenir traumatique.

Une autre petite fille en souffrance d’un laisser- tomber, n’apprécie pas le banquet de la vie où on la convie : elle est de mauvaise humeur, inerte, ne se plaint pas de grand chose. C’est le cas présenté par Marie Brémont. Comment attraper cela du côté de l’inconscient pour ce sujet?

Une trouvaille consiste à repérer que ce sujet produit une forme récurrente dans ses dessins : des V renversés à laquelle l’analyste attribue valeur de chiffrage de l’Inconscient. Le sujet s’ouvre et se met à parler, mais laisse apparaître son égarement comme à la fin de son cauchemar : « j’ouvre les yeux, je me demande où je suis ?» Le réveil est là et l’inconscient travaille en roue libre dans ce cas : série de S1, de dessins iconographiques plutôt qu’écriture, pas de présence de la dimension métaphorique, discours qui semble s’inventer au fil de l’énonciation qui l’enrichit mais où tout est transformable. Ce sujet témoigne d’un Inconscient fait d’îlots, de séries de S1 qui s’accolent, le sujet n’étant pas complètement désabonné de l’Inconscient dans ce cas.

L’Autre du petit Robert, 4 ans, est féroce, incarné par une mère débordée. La langue qu’elle lui adresse est féroce. Il dit non, un non comme cri de pensée, c’est sa première réponse. Mais il ne situe pas la mère : « dans le ventre de qui étais- tu ?, lui demande-t-il ». En séance, il joue à faire disparaître : « il est où ? … dans le trou. »; «  elle est où ? » ; « t’étais où ? ». L’Inconscient c’est Véronique Servais qui le prend en charge pour ce sujet en état de légitime défense, menacé de dévoration par les loups, crocodiles, requins, renard..

Elle traduit le réel auquel il a affaire, le supporte avec son corps, sa voix, et elle le fait passer au semblant en usant de la pantomime. C’est elle qui traduit le réel auquel il est confronté et qui concerne également le réel de la mère. Elle travaille à alléger son réel en lui proposant des signifiants dont il se saisit. Si pour tout un chacun, le point de rencontre avec l’Autre qui est aussi le point de rencontre avec le langage est traumatique, parce qu’il implique une perte de jouissance pour le corps, pour ce sujet, il s’agit de le situer pour qu’il puisse s’en saisir.


Ce que Georges Haberberg a rendu sensible, c’est que l’hypothèse de l’Inconscient se soutient dans  le procès même des dires du sujet.

La clinique d’un sujet psychotique présenté par Bogdan Kusnierek rend particulièrement sensible que c’est dans les dires même du sujet que l’Inconscient se présente comme tel. Dans ce cas-ci, c’est  à ciel ouvert : ça parle, et le sujet y est désabonné, jouet ( joui ) du signifiant dont le sens est univoque et le fixe. La métonymie dont il est le porte-parole, est son symptôme. C’st aussi un traitement pour fuir la fixation de sens le long de la matière signifiante, pour faire taire l’équivoque en tant qu’elle ravage, le ramène à l’objet, au déchet.

Faire de l’Inconscient un travailleur idéal a été, dans ce cas, de se repérer sur le symptôme et de s’y installer pour chasser l’effet du signifiant, le mettre entre parenthèse. Dans un lieu déterminé appelé « Atelier », et par un accompagnement de l’intervenant quasi silencieux, ce sujet, par son écriture, a fait un travail de chiffrage, de cadrage, de mise en place de frontières, sur une carte. Ce faisant, il a fait trou dans l’équivoque des mots et a délimité des bords. Déposer ses circuits lui a donné accès à une parole pacifiée, un style d’oral qui a chassé ce qui faisait trop résonner l’objet auquel il était ramené.

Les travaux présentés ont permis de déployer ce qu’on peut entendre par « L’Inconscient travailleur idéal ».

C’est celui qui est au service de la jouissance et de la répétition et qui se repère dans la lalangue que le sujet s’est forgé à partir de sa prise dans la langue où l’Autre est aux commandes.

C’est l’Inconscient comme recours, un Inconscient qui travaille à sa trouvaille dans le transfert et permet de réduire les effets de traumatisme qui se logent dans le symptôme.



Rapport établi par : Monique Vlassembrouck- avril 2010

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