Zazie

Epinglage journée Zazie



 

 

Epinglage de la première journée Zazie avec Georges Haberberg                        

 

                            Par Joëlle Hallet

 

ACF AGENDA

 

 

                                                                             

Épinglage de la Journée d’ouverture du cycle Zazie 2011-2012 « L’enfant et ses découvertes »

 

Au psychanalyste revient la responsabilité de l’acte qui produit, ou au contraire réfrène, la découverte de l’inconscient qui commande au sujet. Comment situer ce que signifie pour nous une pratique avec les enfants, qui travaille dans le sens de favoriser les découvertes qui ont un rapport avec l’inconscient ?

Georges Haberberg

 

Zazie a accueilli, le 12 novembre 2011 à Bruxelles, Georges Haberberg, un des responsables, à Paris, des « Travaux Dirigés de Psychanalyse avec les enfants », une nouvelle initiative qui offre aux praticiens un dispositif qui vise à dialectiser et mieux nouer ensemble clinique et théorie dans la construction des cas.

 

Atelier en matinée

Dans le dialogue que nous instaurons avec l’enfant, le praticien est responsable de la production de ses signifiants par le sujet et de son entrée dans le discours analytique, ce qui ne va pas sans installer le lieu de l’Autre. Que découvrons-nous quand nous donnons aux dits de l’enfant le juste accueil que préconise Lacan ?

Jérémy, 10 ans, se présente dès son entrée en institution sous un syntagme dissuasif pour l’Autre : Je suis un enfant violent. Il témoigne ainsi de « ce qui le jouit dans le rapport qu’il ne cesse d’être tenu d’établir avec l’Autre dont il est l’objet ». Objet, il l’est aussi bien de l’inconscient savoir (S2) qui travaille seul pour la répétition de la jouissance et qui “le dicte” comme « certitude ne laissant plus place au savoir à inventer », dit Patrick Godfrind qui nous a proposé ce cas. Sa demande à l’Autre prend la forme de la commande, Voilà ce que tu dois faire… pour me soigner, pour me nourrir, etc. Mais aussi Fais quelque chose sinon je vais péter un plomb ; fais quelque chose pour me protéger de l’Autre méchant, du regard et de la voix qui m’assaillent ; fais quelque chose sinon je vais… : c’est le passage à l’acte comme rupture avec l’Autre qui menace. C’est à cela que nous devons répondre pour entamer ce voilà ce que tu dois faire venant de l’Autre, pour « introduire un espace d’indétermination qui est l’espace du sujet, S barré ». La demande impérative est donc un bon début qui dit « l’urgence subjective », à entendre comme « urgence qu’un sujet advienne » dit Georges Haberberg.

Après ce premier temps, où le sujet prend appui sur le nouvel Autre que présentifient pour lui les intervenants, advient un second temps où le sujet développe un transfert érotomaniaque qui témoigne de « l’irruption de la réalité sexuelle qui le met à mal et le persécute ». Ce temps témoigne bien du transfert comme « mise en acte de la réalité sexuelle de l’inconscient », ainsi que le dit Lacan dans le Séminaire xi, et de ce qui menace ce sujet à l’orée de la puberté.

Éric, 8 ans, est amené à la consultation par ses parents adoptifs qui ont déménagé en Belgique pour la carrière du père. Bernadette Schifflers recueille depuis peu ses problèmes et les solutions qu’il tente d’y apporter, avec ou sans l’appui de la fonction paternelle, question ouverte.

D’emblée, il confie un cauchemar répétitif : On était dans une grande maison, […] pour raconter mes problèmes : on a tous discuté avec une dame ; après un monsieur est venu et m’a volé […]. Quand BS tente, en gestes, d’introduire une équivoque portant sur le signifiant voler, il rigole – signe du gain de plaisir, du mehr lust freudien – et ne met pas sa division au travail. La fois suivante, il est devenu, en rêve, maître de breakdance. Sa version de la naissance est particulière  – La madame est sortie de mon ventre, sinon je ne serais pas un bébé – et il élude la question que BS lui adresse à ce sujet. Il tente ensuite de comprendre les soustractions et en vient à la perte. Lui qui a perdu sa ds, son gsm et ses amis de l’ancien pays, lui qui évoque sa mère en disant qu’elle a déjà perdu quelque chose mais qu’elle a retrouvé ses clefs dans une poche, étonne quand il ajoute qu’on ne peut pas se perdre, ni perdre sa maman, sa famille, son petit garçon. Bel exemple de dénégation.

Peu après, sans faire appel aux adultes, il se met en danger sous prétexte de sauver un condisciple plus jeune puis se dessine en séance : Super héros vole, il sauve Florent en danger. Un cauchemar réapparaît alors : […] Mes cheveux ont poussé, sont devenus gris, j’étais devenu une mamy. Mes dents sont tombées, un voleur est venu me tuer. Je me suis réveillé…. Je serai un grand basketteur, professeur de danse, de basket… ou babysitter.

Ensuite, nouveau rêve : je suis au paradis, il y a des animaux, des sauterelles, des gazelles, des biches, pas des animaux gluants, et des enfants gentils. […] Au paradis, il n’y a rien de méchant.

Ne pas foncer du côté du sens, pas d’associations analogiques du genre qu’adopté, il se considère comme un enfant volé – indique Georges Haberberg : ce sujet est « fixé à l’angoisse de la répétition dans le cauchemar », à la « confrontation réelle avec une jouissance en trop qui l’inquiète au plus intime de son être ». Nous avons donc à lui permettre d’élucider la part qu’il prend à la jouissance dont il se plaint, ici le vol. En effet, l’angoisse, c’est « l’affect du sujet » : c’est là que « ce sujet se fait l’objet d’une jouissance en trop et se trouve pris dans les rets du désir de l’Autre ». Dans ses énoncés, certains énigmatiques, on n’aperçoit pas clairement ce qui est de lui et ce qui le traverse, sans subjectivation, venant de l’Autre. On aperçoit en revanche ses manœuvres d’évitement de la castration », ses identifications imaginaires au maître de la danse, au super héros, qui laissent place libre au passage à l’acte, puis à la menace de dévitalisation, voire de mort, qui lui revient en cauchemar. On aperçoit la « glu de sa jouissance » qui revient, élément hétérogène nié parmi les animaux, dans le happy end, le paradis, qu’il appelle de ses vœux. On aperçoit enfin à quel point se repérer sur la structure est indispensable pour déterminer la place d’où l’on peut opérer dans le transfert.

 

Conférence en après-midi : « Rencontre avec la réalité sexuelle »

Pour que l’inconscient se découvre, il y faut le désir de l’analyste attentif aux achoppements  de la parole qui font douter celui qui tend l’oreille, sur ce qu’il a entendu. Là se révèle l’inconscient « affaire de pensées parasites ou manquantes » qui agissent sur le corps et sur la conduite, pensées faites de mots qui ont rencontré le corps de l’enfant et qui poussent le sujet à dire.

Ainsi en témoigne Victor, envahi dès sa puberté, par des pensées impératives dont il a honte et qu’il nomme ses « fais-ci ! fais ça ! ». Lui, dont le corps de sujet psychotique avait été percuté par les mots, sans la médiation du voile phallique, annonce d’emblée : Un jour nous devrons changer de mots ! À quoi Georges Haberberg répond aussitôt : Vaste projet, allons-y !

Deux temps sont à considérer : celui de l’effet des paroles sur le corps, puis celui de la rencontre avec la réalité sexuelle, comme « événement de corps, toujours traumatique » qui signe un avant et un après où l’enfant « ne se voit plus et ne s’éprouve plus » de la même façon. En surgit l’horreur de la castration qui cause « la passion décidée de l’ignorance » qui se décline différemment selon les structures. Les découvertes de l’enfant relèvent de cette double temporalité, le deuxième temps de confrontation – contingente et particulière – à l’irruption dans son corps de la réalité sexuelle produisant le sujet et découvrant rétrospectivement, après-coup, l’impact des mots sur le corps qui avait eu lieu au premier temps. Si le savoir insu par le sujet, savoir de l’inconscient, tente de chiffrer l’expérience de jouissance traumatique, il échoue à résorber l’irruption de celle-ci dans le corps. Ce trou dans le savoir, c’est ce qui pousse le sujet à inventer et à s’adresser parfois à l’analyste.

Rappelons le petit Hans qui invente le Wiwimacher, création de lalangue, pour tenter de nommer la jouissance opaque qui remue dans son corps – nomination qui échoue à faire taire l’angoisse de castration qui nécessite le symptôme phobique où Hans incarne dans le cheval « ce qui piaffe, qui rue, qui se renverse et tombe à terre ». Le symptôme devient ainsi, comme le dit Lacan, « l’expression, la signification du rejet » de ce qui n’est résorbable ni par le savoir inconscient ni par les élucubrations de savoir, les fictions, que produit le petit Hans.

Dans la « Conférence à Genève sur le symptôme », Lacan énonce que l’hypothèse de l’inconscient ne peut être soutenue que si l’on considère « que c’est la façon qu’a eue le sujet d’être imprégné par le langage » et que « ce sont les parents qui modèlent le sujet dans [le] symbolisme ».

De ce qui précède, Georges Haberberg tire trois points d’appui pour la construction de nos cas.

1.       «  Dans l’inconscient c’est la mère qui domine ».

2.       Proposition forte à nuancer de l’apport de Lacan quant à l’importance du désir du père, ou du partenaire de la mère, en tant qu’il détermine son désir féminin.

3.       Proposition à laquelle il faut ajouter enfin le repérage, central et essentiel dans la clinique, de l’instant où l’enfant aperçoit que sa mère n’a pas le phallus, qu’elle n’est pas toute mère donc.

Cet instant se découvre à ses conséquences : la production d’un nouveau symptôme qui ne demande qu’à « répéter la jouissance qui l’occupe en toute méconnaissance de cause ». À charge pour le praticien d’offrir « le juste accueil [qui] consiste donc à favoriser l’accès du sujet à ce qu’il doit apprendre de la jouissance qu’il vient loger dans l’Autre pour continuer à ignorer sa castration ». Jouissance que l’enfant loge, sous couvert de « l’immunité phallique momentanée » (identification au phallus que la mère n’a pas), dans les objets pulsionnels dont il gave parfois « l’insatisfaction constitutive du sujet femme » comme le dit Jacques-Alain Miller. Immunité momentanée car des drames surgiront, que l’enfant déclenchera dans l’après-coup, lors de la crise phallique.

Pour l’enfant, c’est parfois la naissance d’un puîné qui constitue la rencontre avec le désir de sa mère comme femme, et qui modifie le régime de sa jouissance. C’est ce que Georges Haberberg a éclairé pour nous, en conclusion, au travers des conséquences, pour un jeune adulte, de la naissance d’un frère : à 5 ans, débouté de son immunité phallique, ses parents le trouvent chaque matin endormi sur le seuil de la chambre conjugale où il tentait de guetter le rapport sexuel… qu’il n’y a pas.

 

Rédigé par Joëlle Hallet

 

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