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Courtil en ligne n°11 – Kel Epok Geek !

Éditorial

Kel Epok Geek !

par Dominique Holvoet | le 26 mars 2013

Quelle époque épique ! entonnait Yolaine de la Bigne dans sa chronique radiophonique tenue durant l’ultime décennie du XXème. Comment aujourd’hui qualifier l’époque qui a passé le siècle ? L’AMP annonce un Réel pour le XXIème siècle, l’EFP nous fait entrer dans l’après Oedipe, à la NLS l’époque est qualifiée de geek – le monde entier derrière son écran. Une précipitation s’observe dans le tube à essais de Kel Epok Geek ! Lalangue se transfigure, l’épopée est derrière nous, place aux tweets. Prenant en compte ce nouveau réel, nous avons choisi de construire le 11ème numéro de CourtilenligneS sur le parlêtre relié à ses objets hors-corps, en lien avec les congrès de notre champ.

Deux scansions amenées par Éric Laurent introduisent ce thème : l’intervention qu’il a faite à Tel Aviv en mai 2012 et celle plus récente à Bruxelles en février 2013. Si vous avez manqué ces moments, Yves Vanderveken reprend pour vous dans ce numéro le parcours qui nous mène de la perspective de la nomination de la Chose vers celle où tout parlêtre a à appareiller son corps pour l’ajuster au réel de la pulsion, passage d’une clinique du signifiant à une clinique de l’objet. Anne-Catherine Job précise dans son épinglage la promotion du continuum de la clinique par Éric Laurent, qui invitait à Bruxelles à une révolution topologique autour de la question de l’objet.

Nomination et appareillage du corps sont les deux faces de notre clinique où le symptôme est ce janus qui inscrit sur le corps la jouissance toujours en excès. Dans cette clinique, il s’agit « d’écourter le sens » comme le démontre Marie Brémond avec le cas de Léa. Agathe Sultan, avec un jeune ado qui ne « bouge pas trop, mate des films, joue à la Play, et va sur l’ordi » démontre comment, grâce à un discours adressé, elle a pu construire avec lui une prothèse à l’absence de Nom-du-Père. Thomas Van Rumst présente le cas de Hakim qui fait du portable un objet en circulation permanente – modalité du traitement de l’objet. Il achète et vend des téléphones portables dès la première griffe : 76 téléphones en deux ans et demi. « Le Nokia C7 revendu 40% moins cher, le LG Arena KM 900, 30% moins cher, etc. »

Des Geeks il est encore question dans la rubrique Regard où Julien Lecubin présente le documentaire d’Arte intitulé « la Revanche des Geeks ». Dans une parodie mordante, le docu montre que le geek est un personnage né de la moquerie d’un intello non plus plongé dans la lecture du Parménide mais branché sur de drôles de petites machines qui vont créer tout un monde, jusqu’à conclure qu’à la fin des années 2000, la culture geek s’impose comme culture dominante en Occident.

Dans ce fil, Thomas Roïc fut bien inspiré de nous présenter sa note de lecture du dernier Wacjman qui soutient que la philosophie aujourd’hui n’est plus forcément dans la philosophie, qu’elle s’est réfugiée ailleurs, moins dans des discours que dans des objets, dans des œuvres, dans l’art et désormais, à l’évidence, dans les séries télé. L’ambition de Wajcman est de montrer que ces objets de consommation sont des objets qui pensent et que l’indicible du réel transpercé par la Shoah ne peut que se dire dans l’image qui devient un œil qui nous regarde.

Dans son épinglage, Sophie Simon revient sur l’intervention d’Anaëlle Lebovits Quenehen à Lille dans laquelle elle soutenait que le jeu vidéo trash peut constituer un recours imaginaire voilant le réel qui se déchaîne – « Comment, en somme, les nouvelles technologies permettent de traiter la question du rapport sexuel au goût de l’époque ». Dans son Séminaire de l’éthique, Lacan n’annonçait-il pas que la science pourrait venir occuper la place du désir ? Ne manquez pas la rubrique Ailleurs avec Micaela Frattura, argentine qui parle de son stage au Courtil et Maria Elena Caro Torres qui présente un cas de son travail avec les enfants des rues en Bolivie. And last but not least, a translation of a paper form Philippe Hellebois about the mentally retarded.

Nous ne pouvions clore ce numéro sans faire retour sur la Journée de l’Institut de l’enfant avec l’épinglage de Catherine Heule qui rebondit joyeusement sur l’intervention du linguiste Pierre Encrevé pour qui l’enfant dans son rapport au savoir est le grammairien par excellence grâce auquel la langue reste vivante et par là se transforme !

Dominique Holvoet

 

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