Zazie

Epinglage de la journée zazie du 25 janvier – conférence de Jacqueline Dhéret

ÉPINGLAGE

JOURNÉE ZAZIE DU 25 JANVIER

ATELIERS CLINIQUES ET CONFÉRENCE DE JACQUELINE DHÉRET

Ce samedi 25 janvier 2014, le groupe Zazie accueillait Jacqueline Dhéret, dans le cadre de notre travail sur le thème « Comment l’enfant se sert de l’analyste? » afin de préparer la prochaine journée de l’Institut de l’enfant qui a pour titre « Interpréter l’enfant ». Mise au travail proposée par Jacques-Alain Miller.

Peut-être est-ce souvent le cas avec les journées Zazie mais l’après-midi a eu ceci de formidable de venir après-coup, interpréter la matinée organisée en atelier. En effet, J. Dhéret y intervenait à partir d’un cas: « Je veux rester seul avec la dame ». La rencontre avec l’analyste est ressortie clairement dans sa valeur d’usage. L’enfant, nous enseigne la conférencière, sait inventer le partenaire qui lui faut pour peu qu’on sache s’y prêter. A partir de là, l’analyste se situe à la place dont l’enfant se sert pour civiliser le réel qui surgit du symbolique. Voilà une réponse à notre question de l’année. Continuons à la déplier, quels sont les modes d’usages de l’analyste que l’enfant invente pour civiliser la jouissance? C’est ce que me suggère l’exposé de J. Dhéret.

J. Dhéret a repris, pas à pas, le fort-da comme rapport privilégié au réel. « L’enfant naît dans les fers du signifiant ». Le signifiant le fixe mais est aussi source d’invention. Quelque chose se détache et peut-être repris par l’enfant sous forme d’un jeu, d’une répétition qui a valeur d’automutilation. Un plaisir impliquant donc un déplaisir.

Ceci J. Dhéret nous l’illustre avec Léonce pour qui, séance après séance, va s’installer un mouvement d’entrée et de sortie de la mère à partir d’un déplacement de l’enfant repéré par l’analyste. Ainsi, une séparation devient possible, « je veux rester seul avec la dame ». L’enfant prenant un peu plus tard congé de cette dame. Ce petit garçon est un collectionneur qui raisonne sur les objets manquants, les objets qui entrent et sortent d’une collection et sur les affects que cela produit. Cela va se modifier au cours de l’analyse, il deviendra « trouvailleur » mot de son invention qui connote une modification pulsionnel. En effet, il voulait devenir paléontologue pour exhumer des restes à lire et le voilà qu’il nous sort ce mot bien vivant de faire passer quelque chose de son intimité. Version pour lui du rapport à une femme.

C’est exactement cela que j’aime dans ces journées, leur fonction d’éveil qui ne manque pas à l’approche de l’extime. De cela, il en était déjà question le matin car les quatre intervenants avaient su y faire avec la rencontre et le maniement du transfert.

La matinée s’est ouverte avec le touchant exposé de Justine Junius. Un enfant à prendre au sérieux puisqu’une seule chose le tient en vie, l’envie de mourir. Madame Dhéret nous a rendu sensible au point de solitude qui peut se manifester chez l’enfant. J. Junius a su répondre à celui-ci qui n’était, disait-il aimé de personne par un  « et toi tu aimes quoi? » Le transfert se joue dans ces instants. Cet enfant traversé par des voix mais sur lesquelles il peut prendre appui a pu profiter de cette rencontre avec celle qui ne veut pas tout savoir.

Nathalie Crame a quant à elle su dire oui à cet enfant au prise avec un double non, celui du père qui ne veut pas l’entendre et celui de la mère qui cache sa naissance à sa famille. Un sein pour faire taire n’est jamais celui de l’enfant car non pris dans la dialectique du sujet d’avec l’autre. On ne peut donc bien évidemment pas se détacher d’un objet qui n’est pas préalablement  le sien. N. Crame va déposer la salive de l’enfant sur une feuille. J. Dhéret ose une interprétation: c’est équivalent à une première incorporation signifiante à la place de la morsure du sujet par le signifiant, à partir du non-dit par l’enfant. Magnifique !

Itxaso Muro Usobiaga nous a parlé d’un enfant pour qui l’Autre existe. Elle a une exigence qui ne souffre aucun délai mais aussi un silence qui est son non à elle. Pourtant elle accepte une perte et choisi de parler à l’école la langue où on va la comprendre et l’entendre, au-delà de la pulsion. Il y a dans ce travail, nous dit J. Dhéret, une mise au point dans la langue et avec la langue.

J’ai terminé la matinée, alors que je commençais à avoir faim, vraiment réveillé par cet exposé d’une rencontre singulière, celle de Ben Verzele et de cet enfant. Rencontre pleine d’inventivité à partir des langues, de la musique. Il fait de Ben Verzele un voyeur en lui demandant de fermer les yeux. Le regard persécutant est ainsi localisé du côté de l’autre. Mais l’autre trouve une subtile manœuvre dans les livres en anglais et en grec, du côté du savoir donc. Si le regard est quelque peu traité, cela nous laisse découvrir le bruit de la langue pour ce sujet. Les deux partenaires se mettent à désarmer la langue où existe le rapport sexuel. Ils créent un dictionnaire de mouvement traduisant ce rapport. Se masturber devient arroser les plantes mais on sait que l’allusion à son poids, et J. Dhéret confirme les dire de Monsieur Verzele par un : « ce qui peut faire solution dans la psychose peut aussi déchaîner la pulsion »,  si ce n’est pas modéré dans le traitement.

Merci aux intervenants, à madame Jacqueline Dheret, à Marie-Louise Meert et à Marie Bremond.

Denis Gérard

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