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Epinglage de la conférence d’Hélène Deltombe à Liège

 

« Pourquoi l’adolescent décroche-t-il ? »

Hélène Deltombe

 

Épinglage

 

 

Le 29 mars, le bureau de ville de Liège de l’ACF-Belgique a organisé une journée de travail animée  par Hélène Deltombe autour du thème de l’adolescence.

 

Lors de l’atelier clinique du matin, les cas proposés par A. Gouzou et J. Wiliquet, éclairés par les commentaires rigoureux d’Hélène Deltombe, ont suscité un échange riche et fructueux avec les nombreux participants, notamment sur la question de la conduite de la cure.

 

Pour Julien, présenté par A. Gouzou, comment se faire partenaire d’un adolescent si peu accroché à la parole, aux prises avec l’angoisse, écrasé par le signifiant ? Comment, en se détachant d’une sollicitude trop bienveillante tout en évitant le laissez-tomber,  le praticien peut-il tenir un fil, aussi ténu soit-il, pour converser avec lui, « traumatisé de la vie », repérer ses appuis, soutenir son énonciation ?

 

Pour Oriane, cas présenté par J. Wiliquet, comment créer un espace propre au sujet d’où manœuvrer, lorsque l’accrochage excessif d’Oriane à l’autre camarade de classe révèle une rivalité imaginaire mortifère qui fait série et cela, alors que s’affirme la volonté tant de la mère que de la fille, d’éjecter le tiers, l’intrus de leur relation?

 

Sous l’apparence d’un problème scolaire ou surgissant dans le cadre scolaire, ces deux cas ont mis en évidence toute la pertinence de serrer au plus près la singularité du sujet, qui est, précise H. Deltombe, le fait de prendre au sérieux  les passions du sujet, d’entendre ce que personne ne veut entendre et de découvrir avec lui qu’il peut en faire quelque chose. Pas de protocoles standardisés donc, mais le désir de l’analyste comme fonction, capable d’inventer au cas par cas, les interventions qui donnent une chance à l’acte du sujet.

 

C’est devant une assemblée réunissant une centaine de personnes peu ou très averties, que Hélène Deltombe a donné, avec un grand souci de clarté, une conférence intitulée « Pourquoi l’adolescent décroche-t-il ? ».

 

« Freud s’inquiète de cette période de la vie qu’est l’adolescence, période faite de transformations douloureuses, de pressentiments et d’errements » rappelle H. Deltombe. En effet, dit-elle, « l’adolescence est en soi une période traumatique car au moment de s’arracher à sa famille et d’envisager son avenir, l’adolescent, dans l’incertitude et l’angoisse de la solitude, est pris dans des conflits intimes entre idéaux, recherche, d’amour, volonté de jouissance, et il se sent désorienté, ce qui favorise la formation de symptômes et de passages à l’acte ». C’est un moment d’autant plus difficile qu’à la puberté, l’équilibre conquis  dans l’enfance ne suffit plus à répondre aux questions essentielles que pose l’existence.

 

H. Deltombe rappelle que pour Freud, il s’agit de trouver des substituts à la famille et d’éveiller l’intérêt pour la vie à l’extérieur, dans le monde. Notamment, le lycée doit procurer aux adolescents l’envie de vivre et leur offrir un soutien, un point d’appui.

 

Cependant, insiste-t-elle, une nouvelle clinique est à inventer car, notre époque marquée par le déclin du Nom-du-Père, voit l’adolescent d’aujourd’hui se tourner davantage vers ses semblables. C’est au point que « les symptômes risquent d’être réduits à des indice d’appartenance à une classe d’âge au lieu de révéler un appel à faire entendre une souffrance intime ». La mise en avant de l’objet de jouissance, caractéristique de notre époque, modifie la clinique. C’est en faisant d’abord une place à cette jouissance, en l’accueillant comme ce qui fait la singularité du sujet, que l’analyste a une chance, dans un second temps, d’aborder la question du désir.

 

H. Deltombe, nous invite à la suivre dans le travail réalisé avec deux jeunes, tous deux encouragés par des amis, semblables qui comptent à leurs yeux,  à  consulter un analyste.

 

Avec beaucoup de précision, de clarté, elle déploie chacun des cas.

 

Amélie, absorbée par la recherche frénétique d’une jouissance absolue va progressivement, avec le soutien de l’analyste, « passer de la jouissance au désir, jusqu’à pouvoir en faire son destin ». Amélie montre bien comment l’analyse permet au langage de trouer le réel qui envahit le sujet et ce faisant, permet  de constituer un savoir  en place de vérité du sujet.

 

Pour Oscar, jeune adolescent bien dans ses « pompes », pour qui « tout roule », le danger réside dans la mauvaise rencontre et l’absence de points d’arrêts qui risquent de produire son éjection de la scène. Si l’analyse lui a permis l’énonciation de sa position de jouissance, il s’agit aussi de l’accompagner dans un savoir-faire avec cette position et de renforcer le nouage symptomatique.

 

 

Au travers de ces cas, H. Deltombe indique comment, au cas par cas, l’analyste peut venir incarner « un discours qui suscite une parole propre à restituer au sujet sa part de vérité et un savoir sur son être ». Sans être idéaliste, ni cynique, l’analyste pose que « le pari à faire est celui d’une entrée décisive dans le lien social selon la singularité de son désir ».

 

Merci à Madame Deltombe d’avoir contribué à faire de cette belle journée de printemps un joyeux et convivial moment de travail !

 


Maria Alba

 

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