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"Etre mère : nouveaux enjeux, nouveaux symptômes" — Anne Lysy — Liège

 

« Être mère : nouveaux enjeux, nouveaux symptômes »

 

 

 avec Anne Lysy

Le 4 octobre 2014 à Liège

 

Epinglage, par Maria Alba

Le Bureau de ville de l’ACF-Belgique à Liège a accueilli Anne Lysy pour une première journée de travail dont le thème s’inscrivait dans la perspective des 44e Journées de l’ECF.

Au cours de l’atelier du matin, les cas présentés d’abord par Aurore Pistone et ensuite par Nathalie Lequeux ont permis de saisir comment l’enfant vient s’inscrire dans la subjectivité de la mère,  chaque fois d’une manière singulière. 

La première mère est prise dans « une relation d’emprise » qui vaut par rapport aux hommes qu’elle rencontre, mais aussi par rapport à son enfant, ce qui l’entraîne dans des excès. Évitant le piège de la relation duelle, le praticien entame ces liens d’emprise, avec doigté, en s’intéressant à ce qu’il y a entre la mère et l’enfant.

La deuxième mère dont on pourrait condenser la logique dans la formule « Un enfant se trimballe », pose la question de savoir comment introduire de l’entre-deux dans la relation en partant du même. Comment civiliser le collage à l’enfant sans que la mère ne s’effondre ? Dans une marge de manœuvre étroite, le praticien s’attèle à soutenir les inventions qui la retiennent de la rupture totale.

Ces deux cas ont montré comment la boussole lacanienne donne des repères précis qui orientent l’intervention du praticien.

L’après-midi, l’exposé d’Anne Lysy, soutenu par de nombreux témoignages et références, a mis en lumière la complexité de la question « Être mère aujourd’hui », dont elle a diffracté quelques dimensions.

Elle a d’abord rappelé qu’il n’y a pas une seule réponse quant au « Etre mère » : le modèle classique, œdipien, n’est plus évident. Les effets de la science sur le corps ont profondément transformé les liens entre procréation, maternité et couple. C’est un constat : aujourd’hui, il y a disjonction entre reproduction, gestation et sexualité.

La psychanalyse s’attache à examiner les conséquences et les effets subjectifs de ces modifications. 

Comment s’orienter ? Anne Lysy propose de se départir d’évidences et d’avancer en prenant appui les enseignements de Freud et Lacan, en suivant la lecture que J.A. Miller nous en propose.

La clinique montre combien il ne va pas de soi pour une femme d’être une mère. La venue d’un enfant ne suffit pas. Être mère n’est pas naturel, pas plus qu’être femme. Quant au rapport homme-femme, le programme n’est guère davantage au rendez-vous ! 

Pas d’instinct pour nous guider donc, mais à la place, un trou dans le savoir concernant la sexualité. Cependant, le réel du corps existe, il s’impose à la vie. La psychanalyse s’intéresse à la manière dont ce réel hors sens peut être subjectivé, aux solutions plus ou moins vacillantes, que le sujet est obligé d’inventer. « Être mère » est une réponse au réel que la mère rencontre. Si elle le souhaite, elle peut, en analyse, déchiffrer comment le désir d’enfant s’articule entre amour, désir, réel et jouissance.

Le désir d’enfant, à distinguer de la demande et de la volonté, nécessite pour être correctement saisi, que soit prise en compte la dimension inconsciente, toujours singulière. 

Comment être mère et femme à la fois ? Une mère est une femme, mais une femme n’est pas que mère. Le désir d’être mère est en prise directe sur la castration et par conséquent, ce désir occupe une place toute différente qu’être père. C’est la question du rapport au féminin qui est en jeu. Pour Freud, dans une perspective phallique, « être mère » est le destin normal du « Penisneid ». Ainsi, la féminité passe par la maternité. Cependant, cela ne se recouvre pas et Freud bute sur l’énigme : « Que veut une femme ? ». Lacan reprend la question dans le séminaire « Encore »[1], notamment. Il articule les logiques du  tout  côté masculin et du  pas-tout côté féminin, indépendantes des individus. Le dédoublement mère-femme permet un partage entre Jouissance phallique et Jouissance Autre.

Quelle place prend l’enfant dans le désir, la jouissance d’une femme ?

S’il la comble, l’enfant divise aussi la femme. La « Note sur l’enfant »[2] donne des indications précises quant à la place qu’un enfant peut occuper pour la femme. Quelle que soit la structure, retrouver son être à l’extérieur est toujours difficile.  Poursuivant son élaboration[3], Lacan précise les rapports d’un homme et une femme avec les enfants en tant qu’objets, sous-tendus par la distinction des couples homme-femme/père-mère et l’asymétrie de celui-ci quant aux enfants.

Aujourd’hui, la science ouvre des possibles inouïs dont Anne Lysy nous a donné quelques exemples.  

Loin de défendre un modèle de famille érigé en idéal, l’orientation lacanienne fait le pari qu’aussi inédites soient les contingences dans lesquelles il est pris, le sujet peut bricoler sa solution pour autant qu’il ait la possibilité d’en parler.

Nul doute que les 44e Journées nous en donneront de nombreux exemples.

Alors… tous à Paris les 15 et 16 novembre[4] !


[1] LACAN J. Le Séminaire. Livre XX, Encore : 1972-1973 : (texte établi par J.A.Miller). Paris, Ed. du Seuil, 1993. 132p.

[2] LACAN J. Autres Ecrits. Paris, Ed. du Seuil, 2001. 601p. (Le champ freudien), pp373-374.

[3] LACAN J. Le Séminaire. Livre XXII, RSI : 1974-1975 (inédit).

 

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