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Epinglage – Hélène Bonnaud à Liège le 7 mars

EPINGLAGE 

« Corps d’enfant et jouissance maternelle » 

Hélène Bonnaud 

Le 7 mars 2015

à Liège 

 

Le Bureau de ville de  Liège a eu le plaisir d’accueillir H. Bonnaud. Cette journée s’inscrivait dans l’après-coup des 44èmes Journées d’Automne dont le thème « Etre mère : fantasmes de maternité en psychanalyse » avait été mis au travail à Liège dès octobre 2014 avec Anne Lysy. 

Les cas présentés par A-F. Mouchamps et C. Morrone lors de l’atelier clinique du matin, ont mis en évidence toute la pertinence de l’orientation psychanalytique et l’inventivité qu’elle suscite. Ces praticiens, analysants, qui inscrivent leur action dans des contextes institutionnels très différents et fort éloignés des conditions de la pratique en cabinet, ont montré comment « pour le psychanalyste, l’institution est un discours, c’est-à-dire un mode de lien social qu’il installe dans les lieux où il déploie son acte »1 et donc, comme le précise G. Caroz, que « l’analyste transporte son discours dans sa valise »2. 

C’est devant une salle comble et attentive qu’H. Bonnaud a ensuite donné une conférence sous le titre  « Corps d’enfant et jouissance maternelle ». 

« Qu’est-ce qu’une mère pour la psychanalyse ? » était la question à laquelle s’est d’abord attelée la conférencière. La mère  occupe une place importante dans le discours d’aujourd’hui. Selon H. Bonnaud, « elle est le dernier ordre symbolique qui résiste au désordre » car « il faut une mère pour venir au monde, ce qui reste un réel impossible à dépasser actuellement », ce qui n’est plus le cas du père. La mère est celle qui a, selon son choix, puisque dans nos sociétés, ce choix résulte d’une décision. De ce fait, elle « incarne le phallus de la vie, du désir et de l’amour ». 

Reprenant les thèses freudienne et lacanienne, H. Bonnaud a finement montré que pour être celle qui donne la vie, les soins, celle qu’on appelle, qui introduit l’enfant à la rencontre avec l’Autre, qui donne l’amour et, « ce qui est essentiel, donne une part de soi-même comme objet » ; la mère (ou son substitut) incarne l’Autre primordial pour l’enfant. 

Comment l’enfant va-t-il se dégager de cette aliénation à la mère toute-puissante du fait de son extrême dépendance ? Lacan dit que « le rôle de la mère, c’est le désir de la mère. Et cela fait toujours des dégâts ». Quelle que soit la façon dont la mère fait fonctionner son désir d’avoir, cela produit toujours des effets, des symptômes. Pas de mère parfaite, donc ! Et Hélène Bonnaud de préciser que dans la relation d’amour vis-à-vis de son enfant, « il y a une force pulsionnelle en jeu qui incarne ce mouvement de prendre, comme si on allait le dévorer ». 

En référence au texte de J.-A. Miller3, elle souligne que « la relation orale de la mère en tant que dévoration est centrale, dévorer et être dévoré par elle » et que « le terrifiant de  cette figure de la mère lacanienne, est qu’elle est à la fois toute-puissante et inassouvie ». Ainsi, « la structure de l’amour maternel peut avoir la structure de l’infini ». Elle rend nécessaire l’intervention d’une formation tierce : l’instance paternelle ou une autre. Celle-ci limite la face illimitée de la relation de la mère et de son enfant : « Quelqu’un va demander à la mère de lâcher son nourrisson et demander à l’enfant d’investir autre chose que sa mère ». Sans cette opération, les dégâts seront évidents et porteront à conséquences. 

Lacan distingue la position maternelle et la position féminine : être une mère n’est pas être une femme. S’appuyant sur cette distinction, H. Bonnaud propose de s’arrêter sur la jouissance maternelle qui n’est pas la jouissance féminine. Elle avance que si « la maternité vient résorber une part de la jouissance phallique, (…) il y a toujours un reste qui fait retour sur l’enfant comme une deuxième boucle qui viendrait refermer un circuit de jouissance autour de l’enfant comme objet de la mère ». « C’est cette dimension de deuxième boucle qui ne répète pas pour autant la jouissance phallique (…), dans l’au-delà de cette jouissance phallique, que se situe cette jouissance maternelle. On la dit maternelle parce qu’elle concerne la mère, bien sûr, mais la mère qui a renoncé, qu’elle le sache ou pas, à sa position féminine ». 

Elle a ensuite illustré son propos en déployant le cas d’Alain4 et de son « attachante mère », cas qui montre les effets pour l’enfant d’une « relation duelle qui le suborne au fantasme maternel »5 et comment l’analyste y répond. 

La journée s’est achevée par un échange nourri avec l’assemblée. La présence d’un nombre important de personnes qui participaient pour la première fois à nos activités, témoigne de l’intérêt pour l’orateur  et l’actualité de cette question. 

Maria Alba 

1 MILLER J.-A. « Vers PIPOL 4 ». Mental n°20. février 2008, cité par G. Caroz dans « Appel à contribution pour les simultanées cliniques de Pipol 6 ». PIPOL New 27. 2013

2 CAROZ G. Op cit.

3 MILLER J.A. ”La logique de la cure du Petit Hans selon Lacan”. La Cause freudienne n°69. 2008 pp 96-112.

4 BONNAUD H. L’inconscient de l’enfant: du symptôme au désir de savoir. Paris. Navarin. 2013 pp 85-90.

5 LACAN J. “Note sur l’enfant”. Autres Ecrits. Paris. Seuil. 2001.

 

 

 

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