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18ème Conversation du TyA le samedi 4 février 2017 – Une réponse inattendue

18ème Conversation du TyA à Bruxelles
Une réponse inattendue
Le samedi 4 février 2017

 

A la répétition inhérente aux problématiques de consommation répond bien souvent la répétition des cures. Il n’est d’ailleurs pas rare que le récit de nos patients autour de celles-ci en devienne une sorte de refrain, qui se répète sur le même ton que celui de leurs galères consommatoires.

S’il s’agit d’un côté de trouver à respecter, supporter, repérer la fonction de cette répétition à laquelle nous confronte la clinique de la toxicomanie, de l’autre, n’y a-t-il pas à y soutenir la coupure, l’invention ?

Avec la psychanalyse, nous posons la question de l’impact qu’ont eu les mots, les signifiants sur le corps, sur la destinée du sujet. En quoi cette répétition tient-elle à ce qui de leur histoire a fait structure ? Le toxique répond bien souvent à une angoisse sourde qui pousse à réitérer le même geste, impératif de jouissance qui abrase la parole, tantôt dans le silence, tantôt dans un verbiage sans limite.

Or, « c’est dans la tenue du discours comme tel que le sujet peut s’identifier et prendre appui pour supporter l’effet de langage qu’est l’angoisse [1] ». Et si l’on sait combien l’adoption d’un discours normalisant, même désincarné, peut constituer une solution imaginaire pour certains, il est aussi, dans bien des cas, ce qui entrave l’élaboration d’un point d’appui propre au sujet.

« D’où l’importance d’offrir une clinique prenant en compte la parole du sujet comme destin nouveau à réinventer », nous indique Philippe Lacadée [2]. Si pour certains patients, l’institution vise d’abord à les protéger du trop de sens dont la langue regorge, elle peut aussi introduire une réponse inattendue.

Mais comment intéresser ces sujets à la langue et a fortiori, à ce qu’ils disent ? La drogue, c’est « waw », indique tel patient parlant de son ennui, déplorant ensuite que tout le reste est « bof ». Comment être à la hauteur de cette vibration, de cette ivresse qu’ils trouvent dans le produit, si ce n’est en tentant d’y introduire une autre ivresse, celle d’une résonance propre ?

C’est là que notre présence et les modalités de nos interventions sont concernées, où le tact nécessaire s’allie à l’audace, à un désir impliqué, à un « intérêt particularisé », à un accueil nouveau à manifester. Remettre à l’ordre du jour « le choix du sujet », desserrer les identifications, crocheter un signifiant, introduire « du nouveau », du jeu dans la langue, faire sonner/résonner un mot, être là où le sujet ne s’y attend pas… une réponse inattendue, un effet de poésie, au sens où la poésie fait violence à l’usage commun de la langue [3].
Après Rimbaud, Joyce, Artaud, nous savons que cela vaut aussi pour des sujets qui ne sont pas des affiliés au Nom-du-Père. Les inventions peuvent être « millimétriques » ou radicales. Dans tous les cas elles méritent d’être mises à l’étude, à l’épreuve de la vérification.

[1] LAURENT Eric, « La société du symptôme ». Quarto n°85, 2005
[2] PHILIPPE LACADEE, « Vie éprise de parole », Editions Michèle, 2012
[3] MILLER, J.-A. « En-deçà de l’inconscient ». La cause du désir, n°91, 2015

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