Zazie

Echos de la journée ZAZIE du samedi 11 février

Echos de la journée ZAZIE du samedi 11 février 

Inhibition et passage à l’acte chez les adolescents
en présence d’Éric Zuliani

Mais quelle chance que de se rendre aux journées ZAZIE, cela fait un bien fou ! Un vent vivifiant est venu souffler sur le discours politique actuel tellement mortifère !

Cette journée clinique était politique. En effet, nous nous sommes tenus bien éloignés de ce qu’Éric Zuliani a nommé « l’idéologie du conditionnement universel ». Ici, il n’a pas été question de clinique du comportement qui n’est le plus souvent qu’une clinique du fait divers.

Les quatre cas présentés ont démontré – comme l’a présenté Eric Zuliani dans sa conférence de l’après-midi – que d’avoir une pratique analytique implique une éthique. Celle-ci nécessite d’articuler le champ de la théorie au champ de la pratique afin que se produise pour chaque cas un « acte de jugement ».

Point de repos donc, car pour cela, il faut faire l’effort de dépasser ce qui se voit à l’œil nu afin d’ouvrir un champ qui permettra au sujet de venir dire ce avec quoi il est aux prises. C’est quand même un peu plus intéressant que d’observer des comportements et leur appliquer des protocoles de rééducation, non ?

Plus intéressant mais aussi plus efficace et cela, on ne le dit jamais assez ! Car plus on cherchera à réduire l’éducation au dressage, moins on donnera la parole et la possibilité aux personnes d’articuler les éléments de leurs difficultés, plus il y aura de risques de passage à l’acte.

Le thème de cette journée s’intitulait : « Inhibition et passage à l’acte chez les adolescents ». Les quatre cliniciennes qui sont intervenues le matin ont chacune montré, au travers du cas qu’elle présentait, comment elles avaient permis que s’ouvre un « autre champ » pour les jeunes qu’elles rencontraient. Chaque cas incomparable, saisi avec rigueur et ouverture par notre conférencier fut l’occasion de lectures riches d’enseignements. C’est donc en m’appuyant sur la lecture des cas et la conférence d’Eric Zuliani que je vais reprendre comment chacune des intervenantes s’est faite docile, de manière éclairée, aux défenses du sujet pour que l’opération qui permette de nouer en un discours, sujet du signifiant et être pulsionnel, puisse s’ébaucher.

Claire Piette, préférant à ce fameux et trop répandu « trouble du comportement » l’expression « tourmente corporelle » introduit d’emblée la question de l’angoisse du jeune Sven. En s’orientant de l’angoisse, elle a veillé à ce que le lieu qu’elle lui propose ne soit pas celui où il faille dire. Elle lui proposera « d’être à ses côtés pour se battre » et, surtout, elle fréquentera les lieux désertés par les adultes car elle avait entendu que pour Sven, quand les adultes s’en vont, c’est la catastrophe assurée : Sven frappe l’autre et, ce faisant, se frappe. D’être présente dans ces lieux a permis à Sven de ne pas produire le pire de lui-même. Dans son institution, elle a également introduit une façon de lire le passage à l’acte : elle a fait valoir que Sven est angoissé et cela a permis que le paysage, l’ambiance autour de lui change. C’est ainsi que les idées de projets de Sven peuvent être soutenues. Un horizon s’ouvre pour lui.

Hélène Loiret nous a montré avec Christopher que la psychose est du domaine des phénomènes de pensées et pas de celui, très répandu actuellement, des maladies organiques. Elle entendra que Christopher est habité par la pensée qu’elle triche, elle accueillera cela. Elle prendra le temps et les détours nécessaires. Elle le suivra dans ses demandes en leur donnant toute la dignité nécessaire jusqu’à ce qu’un désir particularisé s’introduise pour lui. Ce travail dans le lien transférentiel va permettre à ce jeune de se reconnaitre comme sujet de l’énonciation de la pensée « tricherie » qu’il avait attribuée à l’autre. Il peut dès lors s’appuyer davantage sur la parole et trouver une articulation entre le registre du désir du sujet et celui de l’Autre. Son désir arrivera à s’accrocher à quelques traits prélevés dans l’Autre en lien avec les signifiants universaux. Il s’agit d’un désir particularisé. Le « je vais tout casser » ou « faire le bordel » ou encore ses propos suicidaires n’ont pas été entendus comme le signe de la violence d’un adolescent qu’il faudrait faire rentrer dans l’ordre. L’intervenante a très vite saisi que ce jeune ne parvenait pas à inscrire sa singularité dans l’Autre et avait donc à faire à un Autre arbitraire. D’en tirer les conséquences dans sa pratique a permis, qu’aujourd’hui, Christopher soit scolarisé dans une filière professionnelle. Depuis, il se rend à ses séances, vêtu de son bleu de travail.

Le troisième cas est celui de Lilly emmenée par sa mère à la consultation de Maité Masquelier. Lilly est harcelée mais n’en souffre pas, c’est sa mère qui est inquiète. Lilly est « clash », l’atmosphère familiale est cash, les mots qui circulent sont crus. D’emblée, notre collègue a l’idée de vouvoyer cette jeune fille. Sa réaction ne se fait pas attendre, elle est mal à l’aise. En réponse, la clinicienne lui dit que c’est un signe de respect. C’est sur ce signifiant que va démarrer la première partie de la cure. Ce « vousvoilement », magnifique trouvaille de Daniel Pasqualin, indique bien la coupure qu’opère celle-ci. On change de ton et ce faisant une voie pour la dignité du sujet s’ouvre. Ce cas ouvert aux questions diagnostics nous renvoie à la nécessité « de ne pas se focaliser sur une seule ligne déductive », comme le souligne J.A. Miller dans « Choses de finesse », leçon 4. Ce cas aura permis une discussion avec la salle. Et tant qu’il y aura des personnes qui auront de l’intérêt et du plaisir à travailler aux détails de l’analyse de cas, la psychanalyse sera bien vivante même si tout concourt à la faire disparaitre.

Maud Ferauge a accueilli le diable d’Augustin. Elle a conversé autour de la manière singulière qu’il a trouvée pour parer à ce diable : la fantasy et les jeux de rôles. La fantasy étant pour lui « l’introduction dans le récit d’éléments surnaturels acceptés par les personnages… ». Aussi, elle a soutenu son envie d’appartenir à un réseau de jeunes, ce qui a permis à Augustin de s’inscrire dans une petite communauté qui se regroupe autour d’un de ses points d’intérêt. Ainsi, le sujet du signifiant et l’être pulsionnel s’articulent, un désir voit le jour, il trouve une voie possible pour lui et peut inscrire à sa façon, sa singularité dans l’Autre à condition d’en passer par l’horizontalité de la communauté. Peut-être plus tard, pourra-t-il « se rassembler autour des métiers » chez les Compagnons comme il en parle déjà. Le « taper les petits » qui le faisait souffrir est devenu «  peur de blesser », lui qui aimerait renouer avec la tradition familiale de joaillier-coutelier.

Comme l’a souligné Eric Zuliani, chacune s’est orientée à partir de l’angoisse, autre nom du désir, et sur le symptôme afin, comme nous l’indique Lacan dans son séminaire sur l’Angoisse, d’améliorer la position du sujet, ce qui ne va pas sans reste.

 

Rédigé par Nathalie Crame

 

 

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