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Vers les J47 – Conférence de Philippe Lacadée – À quoi cela sert d’apprendre ?

​Conférence de Philippe Lacadée au BVL du 23 septembre 2017

À quoi cela sert d’apprendre ?

Que voulons-nous pour nos enfants ? Des sujets curieux ouverts sur leurs désirs ou des sujets formatés ?

ARGUMENT

Proposons qu’apprendre sert à prendre la voie du désir de savoir et implique que nous nous interrogions sur le désir et la façon de savoir-y-faire avec l’enfant ou l’adolescent. Le sujet qui, en tant qu’élève, demande « À quoi ça sert d’apprendre ? » [1] refuse le savoir transmis par l’Autre, car il a l’illusion égocentrique qu’il s’en sortira tout seul. Il pense qu’il sait, qu’il a la vérité de son être, ce qui peut le conduire à l’errance dans la langue puis au-dehors. Nous avons déjà parlé de la langue de l’authenti-cité que l’adolescent, au nom de ses sensations immédiates, pense détenir, pensant que c’est lui qui sait et que la langue de l’Autre, celle qui véhicule un certain savoir, celui des parents, de l’école ou de l’Université, n’est pas de son temps à lui, n’est pas de son actualité. Or les choses existent en dehors de lui, l’univers n’est pas organisé pour satisfaire les pulsions de l’enfant et l’adolescent à l’état brut. Ce qui nous réunit comme participant à la civilisation du monde échappe pour chacun à ses petites croyances personnelles. L’école, comme lieu de transmission, ne remplit sa mission que si elle ouvre, de façon exigeante, chaque élève à l’altérité et fait éclater son repli narcissique, sa posture de jouissance qui, de façon paradoxale, l’enferme à son insu voire dans son insu et l’empêche de s’articuler à un autre savoir qui lui servirait à oublier ce qu’il est. Il faut faire entendre à ces sujets, qui s’enferment sur leurs positions solipsistes en refusant la langue articulée à l’Autre, combien, malgré la perte de jouissance qu’elle entraîne, la langue, dès l’instant où elle s’articule à la langue de l’Autre comme usage d’un savoir possible, peut offrir aussi, de façon paradoxale, la jouissance d’un savoir inédit.

[1]Question que pose Farida à son professeur, cf. chapitre 5 de La vraie vie à l’école – La psychanalyse à la rencontre des professeurs et l’école, Lacadée P., Paris, Éd. Michèle, 2013.

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