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Echos de la journée Zazie du 23 février 2019 – Les mots qui blessent

Echos de la journée Zazie du 23 février 2019
Les mots qui blessent
avec Ariane Chottin

Nous avons eu le plaisir d’accueillir Ariane Chottin venue travailler avec le groupe ZAZIE Belgique ce 23 février.  La journée s’est tenue sous le titre : « Les mots qui blessent ».

Titre qui n’est pas sans évoquer cet extrait du cours de J.-A. Miller dont nous avons fait notre boussole.

« S’il n’y avait pas la substance de la jouissance, nous serions tous logiciens, un mot en vaudrait un autre, il n’y aurait rien qui ressemble au mot juste, au mot qui éclaire, au mot qui blesse, il n’y aurait que des mots qui démontrent. Or les mots font bien autre chose que démontrer, les mots percent, les mots émeuvent, les mots bouleversent, les mots s’inscrivent et sont inoubliables : c’est parce que la fonction de la parole n’est pas seulement liée à la structure du langage, mais bien à la substance de la jouissance. »[1]

Lors de la matinée clinique, nous avons entendu parler de 4 enfants qui chacun à sa façon nous a démontré que si nous employons le langage, ce qui se vérifie  surtout c’est  que «  Le langage nous emploie… » [2]

-Marc Mottart nous a présenté N. une jeune fille qui était aux prises avec la nécessité d’inscrire une soustraction de jouissance sur son corps sous la forme de ce qu’elle a nommé  « une gratte ». Ce clinicien a accueilli,  pas tant ce qu’elle avait à dire, mais ce qui se donnait à lire dans les poèmes qu’elle grattait sur le papier. Il les  recevait et les rangeait en silence dans son cartable. Ça a eu pour effet de faire  taire, tout en la bordant,  la jouissance insoutenable que charriait la langue pour elle. Ce silence et ce regard sur le texte semblent  avoir comme étoffé cette jeune fille encombrée du regard qui, soit la surveillait,  ou soit  étant absent au champ de l’autre, la faisait  se sentir transparente.

-Astrid,  envahie de mots incompréhensibles qui la blessaient vivait dans le cauchemar permanent de tomber au fond du trou. Le travail de cartographie du trou, le chiffrage et l’ordonnancement de son monde lui ont permis, avec l’appui de Marie Bruwier, de se faire un corps et de donner une place à la tristesse qui l’accablait.

-Tony, enfant traumatisé par un père  déréglé et face à une mère en grande difficulté de séparation est  coincé par un Autre féroce. Il  a trouvé en Valérie Loiseau une partenaire pour construire un monde vivable et humanisé. Ensemble, ils ont construit en jouant à QUORIDOR des portes secrètes. Là où pour ce garçon il n’y avait d’autre issue que de répondre par des « comme je veux » au caprice de l’Autre,  Valérie s’est faite le lieu ordonné à partir duquel des places distinctes ont pu commencer à s’établir.

– Anne Semaille par un doux forçage a dit que non par de multiples et délicates stratégies à la pulsion mortifère dans laquelle était prise Sahima, « la merdechante » de l’Autre. En tendant un mot hors sens à Sahima, elle a installé le malentendu permettant que se loge un désir de dire pour cette petite fille dont les mots vociféraient. De là, un abri s’est inventé où soigner les maux et les mots.

La lecture des cas effectuée par Ariane Chottin nous a éclairés sur la manière dont  N., Astrid, Tony et Sahima blessés par les mots ont trouvé chacun un partenaire à leur mesure, une porte à leur taille pour que leurs mots portent autrement.

L’après-midi, Ariane Chottin nous a introduits dans les classes de collèges parisiens – où elle intervient avec ses collègues de parADOxes- lorsque le désordre des corps et de la langue a bien du mal à être endigué par les discours courants. Ariane Chottin fait son entrée dans l’institution et dans les classes en rétablissant le mystère et le malentendu nécessaire à entrebâiller les portes d’un autre savoir.

 L’acte qui prévaut est le détachement, et pour ce faire, elle utilise le tableau du maître en le subvertissant : elle y inscrit les mots des élèves, non pas les insultes (dont la crudité est  à voiler) mais les effets de ces mots dans le lien et dans le corps. Loin d’un discours lénifiant, c’est l’éthique des conséquences prenant en compte la part de jouissance de chacun qui est là à l’œuvre, ramassée d’ailleurs dans la formidable formulation de ce jeune  «  les effets secondaires de la parole ».  C’est effectivement en se tenant loin d’un savoir établi,  et grâce à l’opération consistant à arracher le mot gelé à sa solitude compactée dans la jouissance,  que se «  réchauffe ce qui restait gelé dans l’insulte, et permet que fonde et s’entende les mots dans leur coloration singulière »[3]

Nathalie Crame

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[1] Miller J.-A., »  L’orientation lacanienne.  Chose de finesse en psychanalyse », inédit, cours du 6 mai 2009

[2] Lacan Jacques, Le séminaire, livre XVII, L’envers de la psychanalyse, Paris, Seuil, 1991, p.74.

[3] Chottin Ariane, conférence donnée dans le cadre de Zazie Bruxelles , le 23 février 2019

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