ACF

2 – Grande Journée d’Etude à l’ACF-Belgique

Autisme et psychanalyse :

résultats

 

par Katty Langelez

Le public non averti aurait légitimement le droit de se demander ce que des psychanalystes peuvent avoir à dire des autistes qui, pour un certain nombre d’entre eux, ne parlent pas ou peu. Pourquoi donc tiennent-ils tellement, ces psychanalystes, à pouvoir continuer à travailler avec des personnes atteintes d’autisme ? Pourquoi se battent-ils contre les mouvements qui leur contestent ce droit ? De leur côté, les psychanalystes ne cessent d’être étonnés, abasourdis, devant les attaques diverses et variées, souvent violentes, qui expriment un désir si grand de les faire taire. 

La psychanalyse interroge le rapport des sujets au langage. Avec Freud, elle était cantonnée au traitement des névroses en cabinet, mais le champ des autres pathologies du psychisme n’était pas pour autant négligé – en témoigne son étude approfondie du cas Schreber. C’est avec Lacan, docteur en psychiatrie, que les frontières psychopathologiques ont été abolies pour permettre un élargissement de la possibilité du traitement par la psychanalyse. Mais, en aucun cas, cet élargissement ne veut dire que la psychanalyse est bonne pour tous. Cela veut juste dire que l’application de la psychanalyse dépend d’une éthique – et pas d’un diagnostic. Lacan le précisait, la psychanalyse n’est pas un bon outil pour les canailles. 

Alors pourquoi l’autisme intéresse-t-il donc autant les psychanalystes ? Serait-ce l’appât du gain comme on le susurre en certains lieux ? Si ce n’était méchant, ce serait drôle. Économiquement il aurait mieux valu aller vendre des frites, comme nous le suggérait en rhétorique notre professeur de latin. Quel est donc l’étrange bénéfice que retirent les psychanalystes à s’intéresser de la sorte à l’autisme ? Pourquoi tiennent-ils résolument à ce droit et à cette pratique, pourtant loin d’être de tout repos ? 

Oui, nous sommes nombreux à travailler dans des institutions avec des personnes (enfants et adultes) atteintes d’autisme, le plus souvent sur le versant déficitaire et avec des symptômes extrêmement invalidants. Oui, notre pratique qui s’appuie sur l’enseignement de Freud et de Lacan – mais, aussi, qui s’étaye au fur et à mesure des années sur une recherche constante dans un champ de travail inter-institutionnel (RI3) – produit des résultats. Certes, ces résultats ne rentrent pas dans les petites cases de l’évaluation et de la statistique, mais ils sont bel et bien réels. Ils sont repris dans des articles qui paraissent dans des revues, des livres publiés et disponibles en librairie. N’avez-vous jamais ressenti de malaise quand on vous demande de remplir un formulaire de satisfaction, ne vous êtes-vous jamais sentis manipulés par les questions que l’on vous pose et les réponses qui vous sont proposées ? Quelle est en effet l’évaluation, à moins d’être qualitative et subjective, qui puisse rendre compte du chemin parcouru par un sujet vers l’accession à un mieux vivre ? 

Pourquoi donc sommes-nous si nombreux à travailler dans ces institutions de soins ? Quelle satisfaction, quel intérêt trouvons-nous dans ce travail auprès des personnes atteintes d’autisme ? Un intérêt tel que nous ne lâcherons en aucun cas face aux menaces, aux pressions, aux stratégies qui visent à nous empêcher, nous interdire, nous éliminer ! 

L’autisme interroge radicalement ce que c’est qu’un être parlant, un parlêtre comme le dit Lacan. Et c’est ce même point crucial qui est interrogé par la fin de l’analyse. La frappe du langage sur le corps du parlêtre est, dans son impact le plus précoce, mise au travail par ces deux extrémités que sont la passe (l’étude de ce qu’est la fin de la cure analytique) et l’autisme. Aussi, autant nous avons tenu et sommes parvenus à maintenir cette expérience de la passe dans notre école de psychanalyse, autant nous tenons à poursuivre nos recherches dans le champ de l’autisme. Abandonner notre recherche à la seule dite science et à sa statistique, associées à des traitements autoritaires, correspondrait à abandonner le point le plus radical de notre humanité et notre droit d’exister et de nous exprimer. 

À l’heure où la liberté d’expression est assassinée et où le triomphe des religions explose, l’autisme est en quelque sorte notre Charlie-Hebdo : nous y tenons absolument ! Et tenons à partager, exposer et surtout débattre de nos pratiques, de nos hypothèses et de nos résultats.

 

 

Les commentaires sont fermés

Les commentaires sont désactivés. Vous ne serez pas en mesure de poster un commentaire dans cet article.